COVID-19 : Des enseignements pour le système de santé ?

Au moment où la première vague de la pandémie COVID-19 se termine, il est intéressant de tirer une court bilan de la réponse sanitaire et des critiques de notre système de santé.

Note adaptée du Nouveau Genevois - juin 2020

La crise sanitaire que nous traversons met le doigt sur la complexité du monde que nous avons construit. Nous avons été noyés sous un flot d’informations, mis à jour en continu, les médias traditionnels tentant de rattraper le rythme des réseaux sociaux. Nous avons vu des inepties relayées massivement, des experts fleurir et des leaders d’opinion répéter les inepties lorsqu’elles n’étaient pas simplement leur création.

Mais dans ce monde des « j’aime », nous devons plus que jamais, non pas juger prestement, mais garder notre esprit critique et résister au chant des sirènes de l’immédiateté. Nos références doivent être nos valeurs, et nos analyses se baser sur les méthodes rigoureuses de la recherche que nous n’entendons que trop peu.

Des voix se sont élevées contre les décisions du gouvernement, jugées anti-démocratiques et trop néfastes à l’économie.

Il est utile de rappeler que l‘état d’exception a été limité dans le temps et que le contrôle démocratique a rapidement repris ses droits. Les restrictions en matière de santé publique ont quant à elles probablement permis de protéger les secteurs stratégiques qui auraient été paralysés par l’inaction. Les conséquences d’un taux d’absentéisme hors de contrôle auraient été massives. Une modélisation de l’impact économique, publiée par la Faculté d’économie de l’Université de Cambridge (1) , montre en effet que les mesures encourageant la distanciation permettent de diviser jusqu’à deux les coûts de ces blocages.

Nous devons donc plus que jamais poursuivre le travail basé sur nos valeurs de solidarité, d’égalité des droits et
des devoirs, et en particulier en appelant tout un chacun à la responsabilité afin d’éviter de nouveaux recours à des périodes de semi-confinement.

A Genève et plus particulièrement dans le monde de la santé, nous pouvons observer que la situation extraordinaire a permis des actions impensables il y a quelques mois. La répartition des tâches a fait fi des dogmatismes avec une complète réorganisation du système de santé. Les ressources ont été partagées. Des médecins des Hôpitaux universitaires de Genève ont pratiqué dans des cliniques privées. Le Réseau des urgences genevois s’est quant à lui montré performant.

Cependant, de nombreuses critiques ont profité de la crise pour remettre en cause certaines évolutions du système de santé sans en comprendre la complexité. Nous pouvons mentionner les reproches quant à la réduction du nombre de lits d’hôpitaux en Suisse. Cette réduction est heureuse puisqu’elle est notamment la résultante des progrès de la médecine permettant de réduire la durée moyenne des séjours hospitaliers (6,2 jours en Suisse en 2008 et 5,6 jours en 2018 (2) ). Le système de facturation hospitalier avec des forfaits par cas encourage bien entendu également les institutions hospitalières à réduire ces durées, mais il est important de comprendre que ces forfaits intègrent tous les coûts d’une potentielle ré-hospitalisation. Les hôpitaux et les cliniques ont donc intérêt à soigner vite, mais surtout, à soigner bien.

Nous n’avons pas besoin d’entretenir un système de santé avec 100 % de capacité au quotidien pour des situations extraordinaires. Nous devons développer des stratégies qui permettront, lors de périodes extraordinaires, d’augmenter les capacités rapidement, de manière ordonnée et sans laisser pour compte le suivi des patients ordinaires. Il est en effet à déplorer que de trop nombreux patients non-COVID n’aient pas eu la possibilité de consulter durant cette période et en paient le prix maintenant.

Pour nous protéger, de nombreuses voix ont appelé à la production locale de matériel sanitaire et médical. Celles-ci sont entendues, mais l’emplacement du « local » doit être défini avec précaution, pas forcément à Genève, ni même en Suisse. Nous pouvons illustrer ce point par le fait que trois lignes de production de masques sont suffisantes pour toute la Suisse. De même, des sites de production de médicaments pourraient être mis en service en Suisse en deux mois, mais ne devraient fonctionner que deux ou trois jours avant d’avoir produit suffisamment pour les besoins du marché intérieur selon le Bulletin des médecins suisses (3). Augmentons nos stocks, mais la coordination internationale restera déterminante pour notre pays.

La crise nous a montré que Genève possède les atouts d’un système de santé de qualité qui peut être particulièrement performant lorsqu’il intègre tous ses acteurs. Construisons sur ces pratiques plutôt qu'entrer à nouveau dans des faces à faces funestes!

1 Martin Bodenstein, Giancarlo Corsetti, Luca Guerrieri, Social Distancing and Supply Disruptions in a Pandemic, Cambridge-INET Working Paper Series No: 2020/17.

2 Observatoire Suisse de la Santé, 05.03.2020.

3 Bulletin des médecins suisses, 21-22, 20.05.2020.

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